Les parents témoignent - 2 -

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«Christofer» (Anne)

Quand nous avons perdu notre fils Christopher le 4 août 2010, notre vie a basculé dans la douleur, l’horreur et l’incompréhension complète. Jamais je n’aurais imaginé dans mes pires cauchemars qu’une chose aussi horrible pouvait nous arriver.

J’ai été si certaine que l’immense amour que je portais à mon enfant le protégeait des malheurs de la vie mais j’ai appris depuis ce drame qu’on ne connait jamais à fond une personne même lorsqu’on est une famille aimante, soudée et proche comme la nôtre me semblait être. Je me rends compte maintenant que je vivais sur un petit nuage avant et la seule chose positive qui me reste de cette expérience inhumaine, c’est la certitude que je ne souffrirai plus jamais à un point pareil et ça donne une force pour me battre et trouver des raisons de continuer à vivre même sans lui surtout que j’ai l’énorme chance d’avoir deux magnifiques filles qui adoraient sans limite leur frère et qui sont aussi désemparées que moi et je me dois d’être là pour elles, de me forcer à redevenir un peu la maman que j’étais avant.
Christopher s’est suicidé le 4 août sans même nous laisser une explication même si par la suite nous avons eu quelques indices quant aux problèmes éventuels qui auraient pu le conduire à cette décision. Il aurait pu être aidé mais malheureusement pour lui et surtout malheureusement pour nous, la personne à qui il s’est confié n’a pas pris son désarroi au sérieux et je me force aujourd’hui à ne pas trop penser à elle car je sais si bien que les pensées négatives ne font pas avancer que du contraire.
A l’occasion du premier anniversaire de la mort de Christopher, j’ai rêvé de lui et le lendemain j’avais des paroles qui tournaient dans ma tête sans cesse qui sont devenues les paroles de la chanson que j’ai écrite pour son mémorial que nous avons mis sur youtube.
Je sais que ça fait du bien à ses amis, à notre famille d’aller voir ces photos de temps en temps ; il n’y a pas de honte à pleurer, c’est que naturel ! L’amour fait tant de bien mais ça fait aussi parfois tellement mal. J’ai traduit les paroles en français mais vous pouvez aller voir l’original sur youtube avec les indications plus bas.
J’aimerais juste dire quelques mots à vous tous qui avez perdu un enfant, peu importe l’âge ou les circonstances, vous avez le droit de pleurer même des années après, personne ne le remplacera jamais et on avance chacun à son rythme dans le long chemin de l’acceptation et la « guérison » ; je vous envoie à tous mes pensées pleines d’espoir, d’amour et je vous comprends tant.

« Chanson pour Christopher »

Chris mon Amour,
Je n’arrive toujours pas à croire que ta vie s’est terminée comme ça.
Tu sais tu nous as  laissés tous avec le cœur brisé ; on t’aimait tellement depuis ton tout premier jour.
Et le temps ne pourra jamais effacer le choc et la douleur de ce matin-là où on a découvert ce qui a été fait et réalisé qu’on venait de perdre notre seul fils.

Chris mon Amour,
C’est incompréhensible pour nous que ce soit arrivé.
Si seulement nous avions su ce que tu vivais. Pensais-tu réellement que l’aide dont tu avais besoin allait venir de ceux qui le savaient ??????
Et nous sommes abandonnés dans cet état de tristesse, mais nous essayons de pardonner pour ne pas vivre dans la haine. Pourtant, pour nous c’est si pénible car on sait maintenant qu’ils ont joué avec ton cerveau et ton cœur.

Chris mon Amour,
Nous sommes absolument convaincus que tu ne voulais pas réellement cette fin.
C’est si triste que ton avenir et nos vies soient ruinées, mais tu sais qu’on appelait ça « l’effet papillon ».
Alors mon Amour avec cette chanson je veux juste te dire qu’on ne t’oubliera jamais, pas un seul jour.
Tant aimé par tes vrais amis et ta famille, tu pourras maintenant reposer en paix, loin de tes angoisses, ta culpabilité et de ta douleur.
Tu es libre mon fils.

Lien de la chanson : http://www.youtube.com/watch?v=zekj3FkCxVc

Ou allez sur Youtube et tapez Christopher Cambiolo Memorial.

Anne

«Quelques graines de soleil» (Bénédicte)

Il y a un peu plus de quatre ans, en plein hiver, notre fils Jean-David, arrivé 14 mois plus tôt de Colombie, est mort tout à fait subitement d’une péricardite.
Et nous voilà à nouveau deux à la maison, sans les cris, ni les rires, ni les pleurs, sans ses premiers mots balbutiants, sans son éveil à la vie. Tristesse, incompréhension, révolte nous ont régulièrement habités. Comment, dans ce trou noir, poursuivre notre projet de famille ? Nous devions, le lendemain de sa mort, aller à la commune pour clôturer le dossier administratif de l’adoption d’un second enfant. Au début, j’ai voulu tout plaquer, abandonner. Plus jamais d’enfant. Panique, rejet … Cela va arriver aux autres.
Mais, quelque part sur la cheminée du salon, près des photos de Jean-David, un symbole important avait pris place dans notre maison et dans notre vie. Le soir même de la mort de notre fiston, sa marraine est venue nous embrasser en nous apportant des graines de tournesol, quelques graines de soleil.
Au cœur de l’hiver, au cœur de notre tristesse, là avec nous, nous avions ces graines toutes grises, sèches, apparemment sans vie. Il était un peu tôt pour les planter et dans notre cœur aussi, il était un peu tôt pour bondir à nouveau dans la vie.
Et, l’hiver s’est passé au rythme des larmes et des questions, mais aussi du soutien des amis et de nos familles. Et, finalement nous avons comme « opté » pour la vie. Nous avons poursuivi les démarches d’adoption et c’est à l’aube du printemps, fin mars, qu’on a planté ces graines de tournesol. De petites tiges frêles ont pointé leur nez. Grâce au soleil et à l’eau, elles ont poussé et tenu bon. Dans notre vie aussi, des espoirs, des bourgeons ont jailli, parfois encore bien timides et fragiles, prêts à retomber très vite s’ils manquaient de notre eau, de notre confiance, de notre force si facilement ébranlée.
Le printemps a fait son chemin dans nos cœurs, il nous a réchauffés, il nous a redonné des projets. Les tournesols ont commencé à germer, grandir et pousser. Ils sont devenus le symbole tout particulier de notre second fils François, que nous sommes allés chercher au mois d’août au Brésil et qui, à son retour, a vu jaillir le grand soleil au jardin.
Ce cycle de mort et de vie qui se vit dans la nature, ce tournesol qui chaque année redonne de multiples graines qui commencent par mourir pour ensuite regermer, c’est un peu notre vie à tous. C’était notre histoire il y a quatre ans, c’est notre histoire à tous aujourd’hui. Quel est notre printemps aujourd’hui? Y a-t-il un printemps pour nous après l’hiver, après la tourmente, après la douleur? Y a-t-il de petits germes timides? Les sentons-nous solides ou très frêles? Pouvons-nous revivre l’un ou l’autre petit projet qui nous mène au soleil encore embrumé et pas très chaud du printemps naissant.

Bénédicte

«Ianis» (Fiona)

Cela fait un an et quelques mois déjà que, Ianis, notre fils ainé nous a dérobé de sa vie ! Il allait avoir 22 ans.

Je dis « déjà » mais en fait cette première année de deuil m’a semblé une éternité… La plus longue année de ma vie… Chaque jour qui passait était une lutte contre l’inacceptable avec toujours cette incompréhension, ces questionnements, ces regrets et cet énorme vide…

Plusieurs choses m’ont aidées et m’aident encore aujourd’hui.

Tout d’abord j’ai instinctivement su ce qu’il me fallait faire : « Nous comptons sur vous pour nous aider » disait le faire-part envoyé par email le soir même. La réaction a été immédiate et le soutien immense ; famille, amis et collègues se sont relayés et je me suis laissé porter par cette compassion humaine qui m’a souvent touchée par sa sincérité… Et lorsqu’elle était maladroitement exprimée, j’ai appris à ne retenir que l’intention…

Dès le lendemain du départ de Ianis, j’ai répondu à l’appel de ses amis réunis et je suis allée les retrouver. Je me sentais tellement responsable vis-à-vis de cette quinzaine de copains…

Ils ont pleinement participé aux funérailles et nous avons gardé le contact. Leur présence me réconforte car je sais que nous pleurons le même être cher. Les soirées passées ensemble me font revivre Ianis et me permettent d’entendre des anecdotes auxquelles je n’aurai plus accès via lui…

Ce qui m’a aussi aidée pendant cette première année c’est d’avoir pu régulièrement déposer mon fardeau auprès d’une personne formée à l’accompagnement au deuil du Centre de Prévention du Suicide. Ils ont également pu apporter une aide précieuse à ma fille, me soulageant du même coup. La présence du frère et de la sœur de Ianis m’a forcée à aller de l’avant mais leur souffrance s’ajoutait à la mienne.

Enfin, j’apprécie avoir trouvé un lieu (auprès de l’association Parents Désenfantés) où je peux rencontrer d’autres parents qui ont perdu un enfant dans les mêmes ou dans d’autres circonstances… Ces échanges sont réconfortants ; il y a souvent entre nous une compréhension immédiate qui à la fois se passe de mots et, au contraire, ne fuit pas devant les mots…

J’ai lu des livres sur le deuil, quelques témoignages et j’ai pris des notes pour marquer les étapes de mon cheminement.

Et finalement, je dois beaucoup à mon nouveau compagnon de route pour son soutien inconditionnel. Il n’est pas le papa de Ianis mais il l’a bien connu et aimé.

Fiona

«Pierrot» (Francine)

Pierrot,
En ces jours de souvenirs, nous aurions pu rester chacun de notre côté. Mais nous avons voulu cette rencontre pour toi qui aimais tellement réunir tes amis autour de toi. Nous pensons que tu apprécieras cette manière de penser à toi, tous ensemble.
Voilà un an que nous essayons, ô combien difficilement, de nous habituer à vivre sans toi.
Mais ton absence nous est tellement présente !
Il y a ces moments de cafards monstres, de culpabilités énormes (les fameux « si »), de refus d’y croire, d’accepter, de pourquoi ? (Pourquoi toi ? Pourquoi nous ?)
Mais il y a aussi parfois, et nous espérons qu’ils deviennent de plus en plus nombreux, des moments d’accalmie où ton souvenir se fait plus paisible.
Ce qui nous aide, Pierrot, c’est d’abord l’espérance que tu sois heureux là où tu es (nous voulons y croire).
Ce sont les messages que tu nous as fait passer au court de ta trop courte vie : volonté, dynamisme, générosité, charité…
C’est surtout ta présence intérieure à chaque instant, en chacun de nous : tu nous envoies la force nécessaire pour tenter de vivre au mieux sur cette Terre notre vie humaine ; et nous savons que, lorsque notre tour viendra, tu seras là pour nous accueillir, les bras grands ouverts, avec ton sourire si particulier !
Ce qui nous aide aussi, Pierrot, c’est l’évocation de souvenirs heureux et de joies que nous avons vécus avec toi ; avec toi et tes petits frères aussi : Lorent et Arnaud sont tellement importants pour nous, ils nous redonnent confiance dans la vie.
Ce sont encore toutes ces personnes autour de nous qui t’aiment et nous aiment, qui nous disent qu’ils pensent à toi, à nous ; qui nous parlent de toi et nous permettent de leur parler de toi…
Car, pour nous, Pierrot : « Parler de toi, c’est te faire exister. Ne rien dire, serait t’oublier ».
Merci d’avoir été « toi » PIERROT !

Francine

«En couple, vivre nos différences» (Janet et David)

David : Janet et moi avons deux enfants. Jonathan, notre fils qui a vingt-six ans et qui habite l’Angleterre avec sa femme, Jane. Et Eleanor, notre fille, qui est décédée il y a douze ans à l’âge de vingt-trois ans, à la suite d’un cancer.
Janet : Oui, en effet, il y a douze ans depuis la mort de notre fille, Eleanor, et c’est vrai que chaque anniversaire me mène à une longue réflexion. Et c’est vrai que son absence me fait toujours mal. Ces dernières semaines je me suis rappelée de cette saison, il y a douze ans, un temps que nous vivions avec la connaissance qu’Eleanor avait un cancer très agressif, et elle continuait malgré tout à avoir une très bonne qualité de vie, alors qu’elle allait probablement mourir dans quelques mois … Je savais à ce moment-là que ma tâche était de l’accompagner jusqu’à la fin de sa vie… La question m’est venue, «Mais comment est-ce que ça va être pour nous, après sa mort ?»… La réponse à cette question se trouve dans tout le chemin que nous avons fait depuis lors jusqu’à maintenant.
Tout de suite après la mort d’Eleanor, nous étions bien entourés par les amis et les connaissances. Ce n’était que cinq mois après, quand ces personnes ont repris leurs propres distances et recommencé leurs ‘vies normales’ que je me suis rendu compte de la réalité de sa mort. Nous ne pouvions pas faire ainsi – notre vie ne sera plus jamais la même qu’avant. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me sentir abandonnée, très, très seule, sans espoir. Je cherchais – quoi, je ne le savais pas – mais je cherchais et j’ai raconté mon histoire à n’importe qui, au coiffeur, au dentiste, au marchand de légumes, un peu partout. Et puis, un jour, j’ai rencontré comme ‘par hasard’, une soeur d’Anne-Marie Thiran, et elle m’a demandé si je voulais le numéro de téléphone d’un groupe de parents qui ont perdu un enfant. Je n’avais jamais imaginé qu’un tel groupe pouvait exister mais j’ai pris le numéro et j’ai tout de suite pris contact. Je savais que j’avais besoin de parler de ma tristesse, de mon chagrin, et j’ai annoncé à David qu’il nous était possible d’être accueilli, par d’autres parents désenfantés.
David : J’ai dit, «Oui, je vais t’accompagner pour te soutenir, mais moi, je n’ai pas besoin de ça»… Mais, j’ai découvert que si je n’avais pas besoin de parler, ça me faisait du bien d’être avec d’autres parents qui ont vécu la mort d’un enfant. Et, je reviens toujours, même après douze ans. J’ai évolué et, maintenant, je fais partie de l’équipe. J’ai trouvé un nouveau sens dans ma vie. J’ai trouvé que les personnes sont plus importantes que ma carrière, et j’ai donné une nouvelle priorité à ma vie. J’ai appris la différence entre faire et être. Je me sens de plus en plus être David, le mari de Janet, le père d’Eleanor et Jonathan. Et je me sens être avec chacun de vous dans notre évolution.
Janet : Alors, vous voyez que nous sommes venus au groupe non seulement en fonction d’une même expérience, la mort de notre enfant, mais aussi à partir d’une différence de nos besoins. Et puis, à partir de ça, nous avons découvert beaucoup de différences entre nous, bien sûr pas toujours faciles à accepter. Mais avec le soutien du groupe, nous avons pu les exprimer et, au fur et à mesure, nous nous connaissons de mieux en mieux. Nous nous apprécions autrement, et nous découvrons une autre manière, plus profonde, de nous aimer et d’aimer les autres. C’est en suivant ce chemin de deuil, si souvent douloureux et ardu, avec ses hauts et ses bas, dans le partage vrai avec d’autres parents, que nous avons découvert et que nous découvrons encore chaque jour une autre qualité de vie.

Janet et David

«Histoire d’un don précieux choyé secrètement» (Marie-Jeanne)

Julien, 18 ans, étudiant en sciences biomédicales est décédé le 2 juillet 2011.
Julien, donneur de foie, du cœur, des poumons et des reins.
Donneur de vie choyé secrètement. TU VIS !!!!

Lettre écrite par Marie-Jeanne, Maman de Julien et envoyée aux 6 receveurs du don d’organe.

A vous,

Nous espérons que vous vous portez bien.
Nous sommes sincèrement reconnaissants d’avoir la possibilité de communiquer avec vous. Le fait de pouvoir vous écrire à propos de J. nous aide à surmonter le vide qui est là au plus profond de nous.

Julien était un garçon très chaleureux. Au cœur de la jeunesse, il a développé une multitude d’intérêts : il était un nageur expérimenté, et pratiquait d’autres sports; il lisait énormément et était devenu un excellent étudiant; de plus, il était entouré d’un cercle d’amis très proches avec qui il pouvait partager et s’engager dans les aventures les plus passionnantes et diverses.

Dans les derniers moments de vie de notre fils, les professeurs médecins ont abordé assez rapidement avec nous cette question avec un grand et profond respect.
Cette question de la donation de ses organes avait été préparée minutieusement par l’équipe pluridisciplinaire qui était à son chevet.
Sans l’ombre d’un doute, son don d’organes signifiait pour nous, la continuation de la prunelle de nos yeux.
Car, un garçon en pleine jeunesse ne peut pas simplement mourir, il ne peut pas soudainement disparaître dans les brumes du souvenir.
Que vous portiez une partie de la prunelle de nos yeux en vous, fait que vous partagez aussi nos souvenirs qui peuvent vous aider à trouver un nouveau chemin dans la vie.

L’accord a été donné spontanément car Julien était de nature si généreuse que cela ne pouvait que contribuer à lui rendre hommage.
Néanmoins, nous serions heureux de recevoir un signe de vie…
Serait-ce possible pour vous de trouver la gentillesse dans votre cœur et de nous offrir ce rêve…
Nous nous réjouirions de recevoir un petit mot de votre part !
– Si vous êtes un enfant, un dessin aura sa place d’honneur chez nous ;
– Si vous êtes un adolescent, pouvez-vous partager vos intérêts avec nous dans une lettre ?
– Si vous êtes un adulte et que vous avez des enfants, pourriez-vous partager un peu cela avec nous ?

J’espère que nous pourrons sympathiser malgré l’extrême gravité de l’expérience de vie, mais aussi de sa grande richesse.

Comme c’est incroyable de « voyager d’une vie à l’autre », comme ce serait beau, après le décès de la prunelle de nos yeux, de recevoir un nouveau signe de vie.
Nous espérons que tout va pour le mieux pour vous, et, oserions-nous dire :
« Prenez bien soin de vous » et vous souhaiter encore une belle et longue vie.

Avec grande gratitude, et très chaleureusement.

Marie-Jeanne

«Eric» (Mathieu)

Nous étions comblés, entourés de nos trois enfants, deux filles et un garçon, ainsi que cinq petits-enfants (quatre garçons et une fille). Le 26 juillet 1995, Eric, notre fils de trente ans meurt brutalement, c’était son choix. Il n’arrivait plus à surmonter ses problèmes !
Cette séparation fut terrible !
Parviendra-t-on à survivre à un tel drame ?
Grâce à l’entourage de nos familles, grâce à l’entraide de nos équipiers de l’Équipe Notre-Dame (E.N-D) et grâce à de nombreux amis, sans oublier «Parents désenfantés», nous réussissons à remonter la pente et nous percevons une lueur d’espoir, accentuée par la joie de voir naître une petite fille.
Mais cet espoir est de courte durée.
Le décès d’Eric m’a ébranlé et ma santé se détériore.
Une cirrhose du foie, provoquée par une transfusion sanguine, me contraint à une greffe totale. Une nouvelle épreuve à affronter.
L’amour et la présence de Ninette me sont d’une aide inestimable.
Me sentir aimé d’elle et de tous mes amis m’a aidé à tenir bon, avec des moments de découragement, car l’attente d’un foie fut très pénible.
Enfin, le 7 février 2001, le jour «J». Une nouvelle lumière pointe à l’horizon. La joie et le bonheur commencent à montrer le bout du nez, malgré les grandes souffrances induites par l’opération qui dura plus de huit heures et par vingt-quatre heures d’anesthésie.
Après tout cela, on renaît à la vie, c’était vraiment le bonheur.
Pour moi, la vie est le plus beau cadeau qui nous soit donné.
Et au bout de tout cela, la joie et le bonheur nous attendent, surtout si on se sent aimés.
Nous sommes mariés de puis 42 ans et nous cheminons toujours la main dans la main.
Merci à Ninette d’avoir été toujours à côté de moi.
Vive la vie.
Notre situation de parents meurtris au plus profond de nous-même doit nous permettre d’être encore heureux dans la vie, mais… d’une autre façon.

Mathieu

«On ne parle plus de tout ça» (Michel)

Je suis particulièrement heureux au début du printemps, période où la nature se tourne vers le retour de la lumière avec une forte envie de revivre.
Marié à 23 ans, j’ai vécu en peu de temps les naissances douloureuses de deux enfants mort-nés.
J’ai aujourd’hui 44 ans et je viens enfin de sortir du monde du silence dans lequel j’avais enfoui ma souffrance. Je me rends compte que pendant près de vingt ans, je me suis résigné à obéir à la consigne : «On ne parle plus de tout ça !».
Et, j’ai essayé d’oublier, à un point tel que je suis incapable de préciser les dates anniversaires des deux décès.
Mais la souffrance, ça ne s’oublie pas !
Aujourd’hui je parle de ma vie, de mes sentiments, et je surprends, je dérange ou parfois je rassure mes interlocuteurs, mais l’essentiel pour moi, c’est de savoir qu’il y a des gens qui acceptent et respectent mon besoin de parler, mes souffrances et mes larmes.

Michel

«Encore un bonjour» (Muriel)

Bonjour,

Au départ, j’avais dit que je ne dirais plus jamais ce mot «Bonjour»… Parce qu’aucun jour ne pourra plus jamais être bon. Alors je disais «Salut» et quand on me demandait «Comment vas-tu?» Je répondais «Je fonctionne». Oui parce qu’il n’y avait rien d’autre à répondre. Je n’allais pas, je n’allais nulle part. Toutes les issues étaient bouchées et inintéressantes. Alors je me contentais de fonctionner et c’était déjà là une grande et belle victoire. Un pas se mettait devant l’autre, ma respiration continuait à gonfler mes poumons, je mangeais, buvais, clignais des paupières… Tout fonctionnait, en apparence… Mais au-dedans c’était le cataclysme.

J’ai perdu ma fille le 04 mars 2010. Elle n’avait que 17 ans. Ce matin là, je me suis étonnée, qu’elle, si prompte à se lever pour aller aux cours, ne répondait pas à l’appel continu de son alarme GSM qui entonnait inlassablement «don’t worry be happy». J’ai voulu aller la faire lever… sa porte close m’a alertée… J’ai alors pris le double de la clé dans ma table de nuit et j’ai ouvert sa chambre pour la découvrir recroquevillée dans son lit. Ce n’est que quand je me suis approchée d’elle et ai vu qu’elle avait vomit que j’ai eu la certitude que c’était grave. (Non, on ne veut pas croire à ça… on ne l’admet pas… il faut être face à l’évidence pour finalement comprendre que…)

Ensuite, une succession d’événements en mode automatique… Poser les gestes d’urgence… être efficace tant que faire ce peut… Mais trop tard… Ma fille, mon bébé… ma meilleure amie. Celle avec qui j’avais plaisir à tout faire. Celle qui me gâtait et que j’avais tant de bonheur à gâter… La complice de tous mes moments de vie, cet être dont j’étais totalement dépendante était mort.

Elle a pris des médicaments. Médicaments qu’elle stockait dans sa chambre depuis des mois… Je ne l’ai su que trop tard. Elle me les volait, un par un pour que je ne remarque rien et les gardait en prévision du jour où elle déciderait de faire le pas. Plus tard, j’ai trouvé des écrits où il apparait qu’il s’agit là d’un choix réfléchi, préparé. Mais jamais, ni à moi, ni à ses amies, elle n’a laissé paraitre ses funestes intentions.

Au contraire, c’était une jeune fille pleine de joie, pleine d’enthousiasme et de sympathie. Tout le monde se souvient principalement de son sourire à la Julia Robert, de ses exubérances et de ses délires qui parfois rendaient fou. Bien entendu elle avait des problèmes d’ado… (Les disputes avec les copines, la sensation d’être la cinquième roue de la charrette, les peines de cœur) en plus des difficultés de la vie… (La perte prématurée de son papa, les difficultés relationnelles entre mon fils et moi,…).

Parfois, elle dévoilait un pan de son coté sombre. J’ai su qu’elle se mutilait et j’ai tenté de l’aider et de trouver soutien auprès d’un psychiatre qui à conclu la seule et unique séance qu’il lui a accordée en lui disant qu’elle était une ado tout ce qu’il y avait de plus banal. Plusieurs fois, après cet épisode, elle m’a dit vouloir consulter un autre psy… J’ai pris RDV avec la psychologue qui l’avait suivie après le décès de son papa, mais elle ne voulait plus se confier à cette dame disant qu’elles avaient fait le tour du problème.

Alors que j’étais en attente d’un contact afin de fixer un autre rendez-vous… elle est passée à l’acte.

Bien sur je m’en veux… Je m’en veux terriblement. Il ne peut pas en être autrement dans le cas d’un suicide. Tout devient sujet à culpabilisation. Ais-je posé les bons gestes au bon moment? Ais-je réagi judicieusement face à telle ou telle situation? N’ai-je pas fait les mauvais choix? Lui ais-je dis assez «je t’aime»? Il n’y à pas une question remettant la faute sur moi qui ne m’a pas accablée. La froideur que je lui ai manifestée la veille de son suicide suite à un léger accroc n’a-t-il pas pris pour elle des proportions insupportables au point de décider partir ainsi?…

Perdre un enfant c’est une catastrophe nucléaire. Ma fille était ma source d’énergie. Elle alimentait tout mon environnement en chaleur, en lumière, en tout… Elle était mon noyau atomique… En une fraction de seconde, cet univers à explosé. Tout autour était irradié d’une peine incommensurable. Tout autour était altéré à jamais et contaminé par un chagrin indescriptible. Le monde tout autour de ma fille a été atteint par cette catastrophe à des kilomètres à la ronde. Nous sommes nombreux à s’être retrouvés sans cette énergie qui régissait notre vie et de laquelle nous étions devenus totalement dépendants. Sans cette énergie… comment continuer à vivre?

Et pourtant, l’instinct de survie de l’humain est quelque chose d’incroyablement puissant et même sans cette source, malgré l’horreur des évènements, leur soudaineté et tout ce que cela implique de remise en question, de doutes, de souffrance et de culpabilité… on fonctionne toujours. Malgré notre volonté de rejoindre notre bébé, malgré cette impression de ne jamais pouvoir, ni même de vouloir, se relever de cette épreuve… Incroyablement et sans pourtant aucune volonté de le faire, on coule un sarcophage de plomb sur sa peine, pour protéger au maximum ceux qui restent des radiations de notre profond désespoir.

Puis un jour, alors que tout n’est que destruction et désolation en nous, une pousse, un germe, quelque chose de vivant apparait. On se rend compte que la vie est toujours là. Ça peut prendre des mois, des années, ça peut paraître odieux, mais c’est là et ça nous gagne petit à petit…

Aujourd’hui, je souffre moins. Je souffre toujours bien entendu et chaque chose que je fais ou que j’éprouve est accompagnée d’une pensée pour mon enfant décédé prématurément, tragiquement et de façon si inattendue. Mais je vis et je peux même dire maintenant que je vais.

J’ai repris des études que j’ai réussies avec distinction. Pour moi, mais aussi pour ma fille qui ne s’est pas donné la chance de réussir les siennes alors qu’elle avait un avenir prometteur. Et je recherche maintenant activement un emploi pour aller vers une autre vie, une vie différente… mais une vie quand même (qu’il ne tient qu’à moi de rendre la moins pénible possible).

Cette vie est fondamentalement différente maintenant. Cette épreuve abominable a fait le vide de certaines personnes, en a approché d’autres. Cette situation effraye, fait fuir. Personne ne veut être confronté à ça et voir des proches (ou moins proches) vivre ce malheur. Cela nous renvoie au fait qu’aucun parent n’est à l’abri d’une telle tragédie. Mais on ne veut même pas y penser. Puis la peine met mal à l’aise… Dans cette société où tout (ou presque) et transmis par le plat d’un écran, les aspérités humaines gênent. Tout devrait être lisse pour ne pas déranger. On ne pleure plus, c’est indécent. Moi j’exige le droit de pleurer ma fille. Je revendique le droit d’avoir du relief. Certaines personnes le comprennent, d’autres pas.

Être compris dans notre malheur est parfois peine perdue. Même moi, qui l’ai vécue, ne ressent plus ma peine passée de la même manière. Quand je relis mes écris des moments les plus durs de mon deuil, je lis ça sans intégrer pleinement la charge de douleur que ça représente. Je suis déjà à 100?000 lieues de la douleur ressentie à ce moment là. Alors quelqu’un qui ne l’a pas vécue, comment pourrait-il comprendre? Il peut juste nous entendre… être là. Et ça c’est déjà important!

Ma fille n’avait que 17 ans; quand elle s’est suicidée; je m’en veux mais je remonte la pente; j’en veux à certaines personnes mais je m’en défends en me disant que la haine et la rancœur que je peux éprouver envers d’hypothétiques responsables du suicide de ma fille ne me la ramèneront de toute façon pas. Et je m’en sors petit à petit… (Comme tout dépendant… un jour à la fois). J’interprète son geste comme étant un choix de voyage vers une destination inconnue qu’elle se réjouissait de faire et je tente au maximum de m’apporter des moments, si pas de bonheur, au moins de plaisir. Et parfois, a nouveau, j’y parviens.

Muriel

«La relation à nos autres enfants» (Philippe)

Pascale, notre quatrième enfant, est décédée d’une maladie inconnue, à l’évolution rapide. Nos trois autres enfants étaient là, à la clinique, ce jour-là, près d’elle. A l’époque de son décès, nos enfants avaient déjà quitté le toit familial, pour vivre leur vie.
Quatre ans plus tôt, notre couple avait divorcé.
Le déchirement et l’énorme douleur occasionnés par la disparition de Pascale à 24 ans, je l’ai vécu comme une «implosion» ou une «explosion souterraine». Écrasé par la douleur, je pense être resté enfermé et sans communication suffisante par rapport aux autres enfants…
Bien que vivant avec ma compagne, j’ai ressenti l’écrasement dans notre maison où tous les murs, les portes, les escaliers rappelaient la vie antérieure avec les enfants dans la maison. Je revis ces cris et paroles d’enfants, puis d’adolescents, et bien sûr, tout particulièrement ceux de Pascale… Sa chambre, c’était son monde… Je veux dire par tout cela, que la cellule familiale étant déjà disséminée, je n’ai pas pu parler aux enfants comme je l’aurais voulu, sans doute… Alors, ce n’était qu’occasionnellement, lors d’une visite ou d’un coup de fil, que nous parlions. Cela m’a paru, le plus souvent, trop court pour se dire à cœur ouvert. C’est comme si la souffrance, à fleur de peau, colmatait les échanges qui ‘auraient pu’, qui ‘auraient dû’, être plus vrais, plus profonds… Je le vivais comme cela… Ce n’est pas que rien ne se disait, mais cela me semblait ‘si peu’ par rapport à l’ampleur de la douleur, tant la mienne que la leur. Des idées me passaient par la tête : «je ne veux pas m’appesantir sur eux» ou «je veux me montrer courageux», ou encore «je risque d’attiser leur propre tristesse».
Encore maintenant, trois ans après, je me sens partagé entre le désir de parler de l’absence de Pascale, librement, en confiance et échanger nos sentiments et souvenirs, et une certaine retenue qui respecte le secret de chacun dans le chemin de son deuil… Peut-être ont-ils, eux aussi, des lieux de parole avec des proches, des amis, tout comme moi, j’ai pu en trouver et bien sûr dans «Parents Désenfantés». Je n’ai donc pas trouvé l’apaisement par rapport à cette communication et mon cœur oscille tantôt dans la nostalgie d’une proximité utopique et illusoire du passé et une tentative d’assumer, dans la réalité, cette éventuelle frustration, dans l’acceptation de ce qui peut se dire au jour le jour. De toute façon, je me sais ouvert à ce qui pourrait surgir de nouveau dans notre relation, car je garde le désir, bien vivant, d’une vraie communication avec mes enfants, comme elle se vit concrètement actuellement dans plusieurs facettes de notre affection familiale.

Philippe

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