Comptes-rendus des soirées d'échange

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Chaque année, une soirée d’échange est organisée. Lors de ces  soirées, un(e) interlocuteur(e) vient présenter un sujet qui a été préalablement choisi par les parents eux-mêmes. La présentation du sujet est suivie par une séance de questions

Il s’agit d’une soirée spéciale, distincte de nos rencontres habituelles du samedi.

Sur cette page, les comptes-rendus des soirées d’échange sont rassemblés.

 

 

 

Compte-rendu de la soirée d’échange du 27 avril 2018, présentée par Jean-Michel LONGNEAUX :

« Le deuil sous différents aspects… »

Le 27 avril dernier, Jean-Michel Longneaux, professeur de philosophie à l’Université de Namur, venait dialoguer avec nous au cours de la soirée d’échange organisée par Parents Désenfantés.

Le deuil sous différents aspects…
C’est une approche philosophique du deuil qu’il souhaitait partager avec nous. La philosophie permet de mettre des mots sur les expériences de la vie dont le deuil. Or les mots sont essentiels car ils et non se centrer sur l’enfant nous permettent de penser, dire et partager ce que l’on vit.

Mais sur quoi porte un deuil? Jean-Michel Longneaux pense qu’il faut parler de soi et non se centrer sur l’enfant car c’est nous qui éprouvons de la souffrance… notre enfant n’est plus là.

Lorsque l’on perd son conjoint, l’on est veuf; lorsque l’on arrête de travailler l’on devient retraité; quand on perd son enfant il n’y a pas de mot… et pourtant ce que nous avons été nous ne pouvons plus l’être. Nous ne sommes plus les mêmes. Il y a donc aussi à faire le deuil de la personne que nous étions.

La mort de notre enfant modifie également notre façon d’être en relation avec les autres. Entre moi et les autres, il y a toujours l’enfant décédé.

Un autre deuil porte sur notre rapport à l’avenir. La mort de notre enfant nous amène à devoir renoncer à ce que nous avions imaginé pour demain. Notre rapport à l’avenir s’en trouve modifié.

Jean-Michel Longneaux nous explique que le deuil est un travail psychologique et social par lequel un individu meurt à ce qu’il n’est plus pour renaître à ce qu’il est devenu.

Le but du deuil est de trouver comment être encore heureux maintenant dans ce nouvel état.

Le mot “Travail” montre qu’il y a des choses à faire, “psychologique” car on le fait en tant qu’individu, personne ne peut le faire à notre place, et “social” car on doit passer par les autres pour faire son deuil.

Pour cela, il faut du temps ! Dans un premier temps, c’est le refus qui domine ensuite l’acceptation, non pas de la mort de son enfant mais de ce qu’on est devenu. Les temporalités au sein de la famille peuvent être différentes ; ce qui peut parfois être source de tension.

Jean-Michel Longneaux nous propose une pensée de Sénèque :
« Quel est donc, Marcia, cet oubli de votre sort et du sort de l’humanité ? Née mortelle, vous avez donné le jour à des mortels (lettre de consolation à Marcia) ». 

Accepter de ne plus être le parent de cet enfant, nous dit Jean-Michel Longneaux, lors de l’échange qui a suivi, nous restons les parents de cet enfant qui vit à présent en nous.

Mais pourquoi est-il si difficile de lâcher une identité perdue ?

Le deuil nous fait découvrir que nous sommes, comme tout être humain, limités, loin de la toute puissance qui voudrait que nous puissions sauver notre enfant. Le deuil révèle nos limites.

En outre dans la relation avec son enfant il y a un aspect fusionnel (« mon enfant me fait une grippe ») La mort de notre enfant touche aussi notre désir de fusion et nous montre que l’on ne fusionne avec personne. Nous sommes des êtres de relations mais à l’intérieur de la relation je suis seul.

Nous sommes fondamentalement une solitude.

Tous les avenirs que nous construisions s’écroulent. La mort d’un enfant est injuste, n’est pas dans l’ordre des générations. Mais la vie réelle est incertitude, fragilité.

La mort des enfants nous apprend que rien ne nous est dû que la vie est incertitude.

Croire qu’on peut faire son deuil jusqu’au bout est un danger de toute puissance mais par contre, on chemine et on ne doit pas arrêter de cheminer pour retrouver du bonheur.

Après cette conférence, la soirée s’est poursuivie aux travers de nombreux échanges, réactions et témoignages dans une atmosphère respectueuse du vécu du deuil de chacun. Merci aux organisateurs et à Jean-Michel Longneaux.

Résumé proposé par Bernadette, Maman de Jeroen

Compte-rendu de la soirée d’échange du 12 mai 2017 présentée, par Marina BLANCHART :

« Après la mort de notre enfant, quelles sont nos relations avec nos proches, nos amis et notre cadre professionnel ? »

Le 12 mai dernier, Marina Blanchart, psychologue et formatrice, venait dialoguer avec nous au cours de la soirée d’échange organisée par Parents Désenfantés.
C’est un sujet qui touche chacun d’entre nous, qui nous réunissait :

Après la mort de notre enfant, quelles sont nos relations avec nos proches, nos amis et notre cadre professionnel ?

C’est avec beaucoup de sensibilité que Marina Blanchart nous a conviés à partager ses réflexions, nées de sa pratique de thérapeute avec des parents ayant perdu un enfant.
La relation qui nous unit aux autres est une suite d’interactions et donc un phénomène qui met en contact deux pôles. Nous sommes un de ces pôles et c’est sur lui que nous pouvons agir.
Nous pouvons “par notre manière d’agir” influencer la qualité de la relation avec nos proches.
Autant aider notre entourage à pouvoir nous aider, bien réagir, être adéquat.
Bien sûr il est dur, pénible de porter cette charge supplémentaire, alors que nous souffrons, mais nous sommes les seuls à savoir ce qui peut nous aider.
Dans notre entourage, il y a ceux qui parviennent à nous rejoindre, à trouver les mots justes parce qu’ils ont cette sensibilité (parfois suite à d’autres épreuves ou parce qu’ils ont perdu, eux-aussi, un enfant) mais il y a aussi ceux qui sont déroutés et donc maladroits et qui soit n’en parlent pas de peur de mal faire ou mal dire soit tout en voulant être soutenants « en remettent des couches ». Il y a aussi ceux qui sont mal à l’aise, pas naturels ou encore ceux qui sont curieux et malvenus. Lorsque l’attitude de certains nous fait souffrir, il convient de le dire ou parfois de choisir de ne plus côtoyer ces personnes.
Une réaction fréquente est celle de ceux qui laissent entendre « je t’aime, donc je ne veux pas que tu souffres ». Cette « injonction » de l’entourage installe une lutte en soi et amène à encore plus de souffrance. Car « faire semblant » que cela va bien pour protéger l’entourage est une peine, un effort supplémentaire.
Il est important dans ce cas aussi de dire la nécessité pour nous de laisser libre cours à ce que nous ressentons.
Les autres ne savent pas ce que nous vivons, ce qui nous blesse, ce qui adoucit notre quotidien…

Donc, il faut prendre le temps, pour soi-même, de clarifier ses besoins. Ensuite, nous allons pouvoir le faire savoir à notre entourage. En fonction du moment, des personnes, nous pourrons dire, écrire, communiquer sur nos besoins.
Marina Blanchart nous relate la situation d’une maman qui a perdu sa petite fille et qui, dans un premier temps, s’est sentie entourée… mais le temps passe et les personnes ne se soucient plus d’elle, elle se sent seule, isolée.
S’il s’agit d’une relation à laquelle on tient, il faut nourrir cette relation … et parfois pardonner les maladresses ou les manquements.
Pour nous, Parents Désenfantés, la mort de notre enfant est une blessure qui reste là.
Entre nous et les autres personnes, il y a un décalage. Nous ne voyons pas la même chose, pour nous tout a changé dans notre vie.
Fréquemment, l’entourage voudrait que nous allions mieux, que nous soyons « comme avant ». Il est essentiel pour se respecter et anticiper les moments particulièrement difficiles (les soirées, fêtes etc.) de connaître les limites de ce qui nous est supportable et d’en tenir compte.
Les problèmes des autres peuvent parfois nous sembler futiles « comment osent-ils se plaindre devant moi ? » Cela peut amener à ce que l’entourage n’ose plus se confier. Il est utile de prendre conscience aussi de cela. Notre sensibilité a été nourrie de ce que nous avons vécu et quand cela nous est possible nous pouvons entendre l’autre dans sa peine.

« La souffrance est aussi une force quand elle se transforme en compassion ».

A l’intérieur de la famille, il faut avoir à l’esprit que ce qui m’aide, n’aide pas forcément l’autre.
Accepter que chacun gère sa douleur à sa manière. Faire confiance au conjoint, aux frères et sœurs sur leur manière (différente) de traverser l’épreuve. Comment mon fils peut-il faire la fête ? Comment mon époux(se) peut-il (elle) avoir envie de retourner travailler …

En conclusion, Marina Blanchart souligne qu’il n’y a pas d’absolu, de recette, mais qu’il faut veiller à donner aux personnes auxquelles on tient des clés de compréhension sur nos besoins. Parfois aussi choisir de maintenir ou de rompre une relation selon qu’elle nous fait du bien ou du tort.
Après cette conférence toute en délicatesse, la soirée s’est poursuivie aux travers de nombreux échanges et témoignages dans une atmosphère particulièrement respectueuse du vécu du deuil de chacun. Merci aux organisateurs et à Marina Blanchart.

Résumé proposé par Bernadette, Maman de Jeroen

Compte-rendu de la soirée d’échange du 22 avril 2016, présentée par Marie-Camille CARTON :

« Notre enfant est hors de notre vue. »

Le 22 avril dernier, Marie-Camille Carton, animatrice des groupes Vivre sans l’autre et psychopédagogue, venait dialoguer avec nous au cours de la soirée d’échange organisée à Céroux-Mousty par Parents désenfantés. C’est un sujet très sensible, pour chacun d’entre nous, qui nous réunissait :

« Notre enfant est hors de notre vue. »

Et pourtant nous sommes en lien avec lui (de façon différente suivant ce que nous sommes et les périodes de notre vie). A-t-il une autre présence en nous ?

Comment faisons-nous pour que sa présence continue à faire partie de notre vie de façon vivante ?

Bien que n’ayant pas perdu d’enfant, Marie-Camille Carton témoigne, avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse de la manière dont la mort s’est inscrite dans sa vie. La mort d’un jeune frère, alors qu’elle était enfant, et la perte de sa sœur, à l’âge adulte, ont été des événements qui ont habité sa vie et ont agi sur ses choix professionnels.

Marie-Camille Carton nous explique que, pour elle, il y a trois dimensions à l’être humain : corps, psyché et cœur profond. C’est au sein du cœur profond, dans la partie intime de l’être, que se situe le lieu des liens avec ceux qui sont morts et que nous aimons.

L’être humain est composé de ces 3 dimensions, reliées les unes aux autres. Chacune d’elles doit garder sa juste place par rapport aux 2 autres et toutes 3 ont à se déployer selon des règles propres à chacune. Finalement, par un lent travail d’unification, l’être humain trouve son équilibre entre:

  1. La part corporelle, le corps, l’enveloppe de l’être.
  2. La part psychique, psyché, lieu de l’intelligence, la volonté, la mémoire et l’affectivité (émotions et sentiments).
  1. La part spirituelle, le cœur profond, au centre de l’être.

C’est un lieu inviolable. Il constitue notre identité fondamentale. Chaque femme, chaque homme est donc appelé à veiller à laisser ces 3 composantes en juste équilibre les unes par rapport aux autres. Ainsi est-il possible de “traverser” les tempêtes de la vie avec une humanité aux fondations bien solides.

A travers l’histoire imagée de la Famille Bleu, Marie-Camille Carton nous parle ensuite des liens qui se vivent au sein d’une famille lorsqu’un enfant naît. Pendant sa vie sur terre, des liens se tissent et ensuite, quand il meurt et qu’on ne le voit plus, que deviennent-ils ? Elle évoque la place des amis de l’enfant que nous connaissons ou avec qui nous ferons connaissance. Les enfants de l’entourage, surtout eux car cela s’inscrit en eux alors qu’ils grandissent, n’oublient jamais les parents et les frères et sœurs de l’enfant décédé.

Marie-Camille Carton partage avec nous quelques chemins de liens découverts au cours de ses rencontres d’accompagnement de personnes endeuillées. Ces liens se situent dans la partie la plus profonde de nous-même, le lieu de notre intimité avec ce que nous appelons différemment (la lumière, Dieu, le Tout, …) selon notre philosophie de vie, que nous appartenions ou non à une religion. Il s’agit de la part spirituelle de notre être, lieu du lien avec ceux que l’on aimait et qui sont morts.

Cette part spirituelle de notre être, notre intimité, personne n’a le droit d’y entrer sans notre autorisation. Cependant, son travail d’accompagnement lui enseigne que de mettre des mots sur ces expériences si intimes, si on le fait en toute liberté, permet de donner réalité à ce qui nous semble parfois comme un rêve éveillé.

A travers le récit d’un rêve où elle dialogue avec son père, Marie-Camille Carton nous montre que parfois certaines personnes cherchent à savoir ce que celui qui

est mort peut continuer à nous dire. Parfois nous sollicitons d’autres personnes pour nous le dire. Elle comprend cette façon de faire et parfois elle aide mais il y a un risque de n’en avoir jamais assez et cela peut amener à développer une addiction car cela vient de l’extérieur. Surtout, elle pense que cette démarche n’a pas la profondeur de celle qui est la nôtre si on attend qu’elle fasse son œuvre. Faire parler un autre peut ralentir ce que celui que l’on aime et que l’on ne voit plus veut nous dire réellement au plus profond de nous-même, dans des pensées, des rêves, des expériences dues au hasard si l’on est attentif.

Mais que peut-on mettre en place pour rendre possible cette relation avec celui qui n’est plus sur notre terre mais dans notre cœur?

Marie-Camille Carton souhaite nous sensibiliser à un aspect souvent oublié qui est l’utilisation de ses sens (les 5 sens) pour nous préparer à vivre ce lien INTÉRIEUR avec l’enfant que nous aimons et qui est devenu:

  • invisible à nos yeux,
  • silencieux à nos oreilles,
  • l’enfant que nous ne sentons plus et
  • que nous ne pouvons plus toucher
  • ni goûter.

Comment mettre en œuvre nos sens intérieurs, notre sensibilité ? Cela nous appartient à chacun en propre, c’est une recherche propre à chacun.

Après cette conférence toute en délicatesse et profondeur, la soirée s’est achevée aux travers de nombreux échanges et témoignages dans une atmosphère particulièrement respectueuse du vécu du deuil de chacun. Merci aux organisateurs et à Marie-Camille Carton.

Résumé proposé par Bernadette, Maman de Jeroen

Compte-rendu de la soirée d’échange du 08 mai 2015, présentée par Michel OLMANST :

« Un sens à la mort ? »

Michel Olmanst est psychothérapeute.

C’est avec beaucoup de sensibilité et d’humanité que Michel Olmanst nous a conviés à partager son cheminement personnel autour de cette question interpellante voire brutale. Son propos s’est articulé autour de cinq questions :

1. Quelle est l’utilité de la Mort ?

Michel Olmanst nous rappelle que notre tradition occidentale oppose le plus souvent la vie à la mort. Dans d’autres cultures, on oppose la naissance à la mort, dès lors que la Vie elle continue à se dérouler au travers des cycles de naissances et de morts. Alors que nous vivons dans l’illusion d’une vie sans fin, la Mort vient nous rappeler que nous sommes humains et donc impermanents. Notre ego est ramené à la réalité de son caractère mortel.

2. Quelle est la nécessité de la Mort ?

La Nature nous montre la nécessité de la mort à travers le cycle de la Vie qui a besoin de la Mort  pour nourrir les nouvelles naissances. La Mort est absolument indispensable pour que la Vie continue.

3. Quel est le sens de la Mort de celui que j’aime ?

Il y a sa propre finitude mais aussi la Mort qui nous fait vivre la perte de l’autre. Quel est le sens de cette souffrance ? Michel Olmanst souligne que dans la douleur de la perte, nous ne pouvons que nous laisser entraîner, secouer, chahuter par le tourbillon de la souffrance. Et qu’il n’y a rien de particulier à faire, si ce n’est de ne pas faire résistance pour ne pas souffrir davantage, mais au contraire de se rendre au vent et au tumulte … C’est ce qu’il appelle le temps de la survie, malgré la perte. Ensuite, nous dit-il, les vents s’apaisent progressivement, laissant apparaître un paysage de désolation, de repères brisés. La vie reprend alors progressivement ses droits, nous laissant au bord de la route avec des sentiments mélangés de tristesses de la perte, de peurs dans l’avenir, de colères face à la vie, à la mort, face aux dieux, … Péniblement nous nous redressons, et nous faisons quelques pas en boitant …  Et nous nous surprenons … à vivre, avec la perte ! 

Nous commençons seulement alors à regarder derrière nous, à permettre que la question du sens nous soit posée. Ai-je le droit d’être heureux quand l’autre est mort ? Est-ce que je choisis de rester dans la vie quand l’autre en est sorti ? Est-ce que je peux encore aimer si celui qui m’a aimé est parti ? 

La mort nous met face aux questions existentielles fondamentales et il appartient à chacun d’entre nous d’aller à la rencontre de ses réponses.

4. Quel est le sens de ma vie, de la Vie, si tout est impermanent ? A quoi tout sert, si tout meurt ?

Les scientifiques annoncent que la Terre, la Vie elle-même, va s’éteindre dans quelques milliards d’années.Si donc le vivant est condamné à disparaître, quel est le sens de l’évolution de la Vie ? Pour Michel Olmanst, ce n’est plus où l’Humanité va, qui est important, ni où me conduit notre cheminement personnel puisque nous savons clairement qu’in fine tout disparaît. C’est le chemin lui-même qui donne sens. Ce sont le progrès individuel et le progrès sociétal pour eux-mêmes qui viennent nous nourrir. « Si rien n’a de finalité, tout devient gratuit »

Face à cette échéance inévitable, nous pouvons dans un réflexe de survie nous refermer dans notre bulle, nous limiter à nos intérêts personnels.

Une autre voie est de choisir l’ouverture à cette Mort ultime, l’ouverture dans le sens d’un apprivoisement et d’une acceptation progressive.

L’Homme ouvert au Monde perçoit alors sa personne et son environnement comme un Tout auquel il participe. A cet endroit naît en nos cœurs un sentiment de compassion pour l’Univers, une expérience sensible d’ouverture et de présence au Tout. 

Nous partageons la condition humaine sur Terre, et de l’étant dans l’Univers. Nous ne pouvons alors, dans la profondeur, qu’être doux avec les êtres et les choses et développer envers eux un profond désir d’harmonie.

5. Quelle est la relation entre la Mort et la Spiritualité ?

Le questionnement du lien entre soi et l’Univers et la capacité de se percevoir à la fois comme individu et comme partie d’un Tout est en soi une pratique spirituelle. 

Celle-ci revêt des formes multiples. Peu importe qu’elles soient religions révélées ou non, systèmes sociaux ou conceptions individuelles.

Michel Olmanst nous propose en épilogue une pensée d’Albert Einstein : « Un être humain fait partie d’un tout que nous appelons « l’Univers ». Il demeure limité dans le temps et dans l’espace.  Il fait l’expérience de son être, de ses pensées et de ses sensations comme étant séparés du reste, une sorte d’illusion d’optique de sa conscience. Cette illusion est pour nous une prison, nous restreignant à nos désirs personnels et à une affection réservée à nos proches.  Notre tâche est de nous libérer de cette prison en élargissant le cercle de notre compassion afin qu’il embrasse tous les êtres vivants et la nature entière dans sa splendeur ».

Résumé proposé par Bernadette, Maman de Jeroen

Compte-rendu de la soirée d’échange du 25 avril 2014, présentée par Emily DELESPAUX :

« Comment mieux vivre la perte de mon enfant en relation avec l’entourage ? »

Soirée d’échange du 25 avril 2014 : Présentation de Emily Delespaux, doctorante en psychologie à l’UCL Louvain-La-Neuve.

1) Réactions lors d’un deuil

Elles peuvent être affectives : colère, tristesse, dépression, solitude, culpabilité… ou comportementales : refuge dans le sommeil, dans le travail, dans le sport… ou encore cognitives : pensées incontrôlables qui tournent dans la tête, et enfin physiologiques : perte d’énergie, manque d’appétit, douleur, fragilité, faim… Ce qui est important c’est de prendre conscience que chacun aura une réaction qui lui est propre et qu’aucune réaction n’est mieux que l’autre. Il n’y a donc pas lieu de porter de jugement. La durée aussi varie d’une personne à l’autre, elle ne devient problématique que si elle empêche l’endeuillé de faire des choses essentielles pour lui. Il existe donc une multitude de réactions qui ont une durée variable, chacun vivant le deuil de manière unique.

2) Travail de deuil

Le travail de deuil est un mouvement entre 2 « planètes », celle de la perte (penser au décès, réfléchir sur ses émotions, redéfinir ses liens, déni) et celle de la restauration (faire attention aux changements de vie, planifier de nouveaux projets, se distraire, occuper de nouveaux rôles). Les femmes sont plus souvent dans la perte et les hommes dans la restauration. Il n’y a pas de bons ou de mauvais endroits, l’important est le mouvement entre les 2 pôles. Chacun « voyage » à son propre rythme selon son parcours propre. Comment faire pour vivre ensemble avec des ressentis et des rythmes différents ?

3) A l’écoute de soi, à l’écoute de l’autre

Il est important de pouvoir identifier sur quelle planète je suis et dans quel ressenti. Prendre conscience de où je suis et où en est l’autre pour pouvoir s’écouter et accepter les différences sans jugement sur moi-même ou sur l’autre ; cela aide à pouvoir communiquer sa position à l’autre et écouter celle de l’autre.

4) Maintenant où j’en suis ?

Pour répondre à cette question, j’examine – à quoi je pense ?

– Comment sont mes émotions ?

– Comment je me sens physiquement ?

– De quoi ai-je envie ?

dans l’instant présent, juste là ; j’essaie de rester dans le descriptif uniquement sans jugement. Ensuite je trouve une façon de communiquer ma réalité à l’autre.

La soirée s’est poursuivie par de nombreux échanges entre parents portant principalement sur la difficulté d’entendre les réactions parfois inadéquates de l’entourage, le sentiment d’isolement, la possibilité de dire ou pas ce que nous vivons et à qui le dire. Certains ont aussi souligné les facultés d’écoute et d’accueil face à la souffrance qu’ils avaient développées suite au décès de leur enfant.

Compte-rendu de la soirée d’échange du 26 avril 2013 présentée, par Laetitia SCHUL et Bernard RIMÉ :

« Le deuil des hauts et des bas. »

Laetitia Schul est psychologe, Bernard Rimé est Professeur Émérite spécialisé dans le partage social des émotions à l’UCL louvain-La-Neuve .

Le chemin de deuil est souvent présenté comme une succession de différentes étapes à vivre. Cette théorie véhicule des croyances normatives qui disent ce qu’on doit ressentir à quel moment. Ces normes peuvent générer de la culpabilité si on ne rentre pas dans les catégories décrites.

Depuis quelques années une autre approche se développe qui met en avant la particularité de chaque deuil et propose l’existence de deux pôles entre lesquels l’endeuillé oscille constamment.

Le premier pôle est orienté vers la perte, le repli sur soi. Il est vécu dans les pleurs, la tristesse, la détresse. Personne ne peut nous y rejoindre. Les pensées y sont tournées vers le souvenir ; tout met en évidence ce qu’on a perdu. Ces moments de solitude sont nécessaires pour faire face à l’absence et l’apprivoiser petit à petit.

Le deuxième pôle est orienté vers le changement, les nouveaux engagements, les nouvelles activités qui apparaissent dans nos vies suite au deuil. Une vision de la vie différente va nous accompagner ; des projets vont refaire surface et nous mettre en mouvement.

La vie d’un endeuillé va être des « allers-retours » entre ces deux pôles. Le passage par le pôle de la perte existera toujours ; il se fera de moins en moins long et de plus en plus paisible.

Quand on en parle autour de soi.

L’idée que parler de ses émotions a un effet libératoire est très répandue or elle est fausse. Les études faites montrent que parler ou pas de ses émotions n’influence pas l’état émotionnel de la personne.

Cependant se taire n’est pas conseillé après avoir vécu une émotion forte car cela entraîne des problèmes de rumination, des cauchemars. Le fait de partager ses émotions crée une union émotionnelle, cela renforce les liens du tissu social et de là permet de mieux résister à l’existence.

Quand une personne est touchée par un évènement grave elle provoque un malaise, un rejet dans l’entourage. Dans notre société de performance, la norme est de vivre à l’écart du malheur ; on est intégré si tout va bien. La fragilité de la vie est niée. La personne en souffrance est passée dans un autre monde et elle va représenter pour les autres la vulnérabilité dont chacun essaie de se protéger. La personne qui n’est pas en souffrance est dans la maladresse, les fausses croyances. Elle cherche à accuser ou à trouver des raisons à la souffrance de l’autre ou encore à l’entraîner dans un optimisme forcé. Ce déni est une horreur pour la personne en souffrance qui a besoin de reconnaissance.

Dès lors sans écoute de son entourage, il est impossible pour elle de mettre son expérience en mots et donc de la structurer. Cela crée une solitude énorme, une coupure en soi et avec les autres. La personne en souffrance se tourne alors vers d’autres personnes ressources : le personnel médical, les groupes de paroles.

La difficulté de dire l’indicible est un des freins au partage des émotions. L’impression que les mots ne peuvent traduire le vécu et risquent de l’altérer. La honte et la culpabilité qui envahissent parfois la personne en souffrance sont d’autres freins à la parole. Certains éléments non dits car trop douloureux peuvent empêcher d’être dans le tissu social et devenir des ruminations mentales. Le propre de l’être humain est sa capacité à mettre du sens. Devant un évènement rempli de non-sens, notre recherche de sens provoque la rumination de questions sans réponses qui prend beaucoup de place et handicape notre gestion du quotidien. Pour y remédier il est possible de se confronter à la réalité dans les détails, avec du soutien, ou encore de se concentrer sur une image qui fait du bien.

L’évènement grave provoque un effondrement des croyances, une complète révolution personnelle. Il s’agit de réorganiser sa vie, sa vision de soi-même, de retrouver un axe d’existence, un sens à la vie alors que tout a explosé.

L’émotion forte ne va pas nous quitter, elle va vivre avec nous. Parfois elle refait surface intensément, parfois elle nous laisse vivre.

Résumé proposé par Catherine, Maman de Simon

Compte-rendu de la soirée d’échange du 7 avril 2012, présentée par Ghislaine LONGEVIAL :

« Quand je pense à mon enfant, j’ai des remords, le sentiment de ne pas avoir tout dit, tout fait. »

Ghislaine Longevial est psychothérapeute animatrice à l’association « Apprivoiser l’absence » à Paris (Association pour parents en deuil d’enfants).

La culpabilité.

Quelques pistes :

  • La théorie
  • Notre angoisse d’être coupable par rapport à nous-mêmes, par rapport à l’autre, par rapport à l’évènement.
  • Lié au sentiment d’injustice par rapport à un être jeune plein de promesses.
  • Mais aussi l’injustice que peut provoquer le fait d’être soi-même épargné par la mort.
  • La culpabilité touche au sentiment de solitude, se sentir coupable = se sentir seul, un sentiment difficilement partageable, c’est parfois la difficulté de ce partage qui sépare les couples après la mort d’un enfant.
  • La culpabilité touche à la notion de responsabilité qui un sentiment sain de culpabilité, la responsabilité nous met sur une voie où nous pouvons parler, clarifier, respirer, accepter, nous reconstruire, nous réparer nous-même et réparer en nous.
  •  La culpabilité touche à un travail à faire, à laisser faire en nous. Un travail n’est pas de « déculpabiliser » mais de mettre de la lucidité et du « pardon » dans notre sentiment de culpabilité pour nous délivrer de ses abcès récidivants.
  •  Passer de la culpabilité à la responsabilité.
  •  Passer de la responsabilité au pardon.
  •  Du pardon à ce que « notre enfant » ne nous pas  dû ! qu’il n’est pas immortel.
  •  A la racine de notre sentiment de culpabilité, il y a le refus inconscient de nos limites, de notre impuissance.
  •  De notre culpabilité, nous pouvons faire un enfermement, un remord sans issue. Mais nous pouvons aussi faire la reconnaissance de nos limites, de notre impuissance. Ce n’est pas d’essayer d’échapper à nos sentiments de culpabilité, mais d’en faire quelque chose de constructif, pour nous, les autres, mais aussi pour notre enfant mort.
  •  Inconsciemment mon sentiment de culpabilité me permet de « garder » mon enfant, comme si à perdre le sentiment de culpabilité, j’allais perdre mon enfant une seconde fois = je me « l’attache » par le sentiment de culpabilité.
  •  Sans ces conditions, le pardon devient difficile = le pardon à soi-même, le pardon à la vie, le pardon à la mort, le pardon à Dieu.
  •  Le PARDON, lien de l’abandon de la culpabilité, lien de l’abandon de mon enfant « en d’autres mains » !

 

Compte-rendu de la soirée d’échange du 1er 2011, présentée par Claude COUDERC :

« Sans elle, sans lui »

Film réalisé par le journaliste Claude Couderc qui suite au décès de son fils va à la rencontre des membres de sa famille et d’autres familles endeuillées. Film profondément humain et d’une grande justesse, plein de tendresse inassouvie et de dignité.

La projection a été suivie d’un échange animé par Caroline Fierens, psychologue au bureau d’assistance aux victimes de la commune de Jette et coordinatrice du groupe : « Le petit prince a dit », groupe de soutien aux personnes endeuillées.

Cet échange était axé autour de phrases tirées du film et  reprises sur la feuille distribuée aux parents.

« Besoin d’en vouloir à quelqu’un. »
« Perdre un enfant, c’est comme une bombe qui arrive dans le foyer et qui fait tout exploser.»
« Dans le couple, la famille chacun se renferme dans sa propre douleur. »
« Comme si j’avais perdu mon propre père, je me suis senti désarmé, comme si je n’avais pas fini de grandir. »
« Mon angoisse, c’est d’oublier. »
« Nous n’avons pas fini d’être ensemble. »
« Son départ, je le refuserai toute ma vie, ça a renforcé ma volonté de profiter de chaque instant. »
« En même temps, j’ai peur à chaque instant. »
« Je sais pertinemment que la douleur peut revenir à tout instant de façon très sournoise, très violente. »

Il y a eu de nombreuses interventions et la discussion s’est poursuivie autour d’un verre.

Compte-rendu de la soirée d’échange du 23 avril 2010, présentée par Monique MAYSTADT :

« Deuil et Résilience » Comment trouver en nous l’énergie pour rebondir ? »

Monique Maystadt est analyste transactionnelle et psychothérapeute. Monique, la conférencière, a présenté la soirée en parlant de son vécu personnel. Puis elle a donné des pistes et des mécanismes de reconstruction après un deuil. Elle a proposé un travail en petits groupes pendant quelques minutes suivi d’un échange entre parents.

  • La souffrance en elle-même n’a pas de sens.
  • On peut trouver un sens à la vie même à travers ce qu’on a vécu.
  • Personne ne peut nous dire quel est le sens ; à chacun de trouver son propre sens.
  • Monique va essayer de transmettre des outils et aider à identifier nos capacités à nous reconstruire après les souffrances que nous rencontrons.
  • Différence entre souffrance et émotions de frustration.
  • Exprimer sa colère, ses pleurs ne disent pas que on va mal.
  • Deuil : processus d’adaptation lié à une perte, un manque de quelqu’un qui a de la valeur pour moi ;
    • facteur temps important
    • perte/manque, deuil d’illusions rend la perte plus importante
    • plus l’investissement dans la relation est important plus la perte est importante
    • pas de compétition dans la souffrance ; tolérance et acceptation de chacun
  • Etapes du deuil :
    • face à une grande désorganisation le but est d’aller vers une réorganisation mais pas pour retrouver la situation d’avant ;
    • plusieurs axes de la désorganisation vers la réorganisation :
      • matériel
      • corporel
      • relationnel (groupes d’entraide)
      • émotionnel
      • existentiel (physique-psychologique-spirituel) recherche de sens
    • Faire le deuil de ce que nous étions cela touche à notre identité
    • Résilience : capacité de résistance à la destruction face à l’adversité ; capacité de se construire  
  • Processus évolutif de la résilience selon Nancy Palmer :
    • résilience anomique : toute l’énergie est centrée sur la survie et la sécurité ; moment de figement, fuite, mécanisme de survie.
    • résilience régénératrice : développer des compétences et des stratégies constructives
    • résilience adaptative : regard positif sur soi-même
    • résilience florissante : intégrer et considérer que la vie a du sens.
  • Exploration de « la casita de la résilience » de Stafan Vanistendael et Jacques Lecomte, ci-joint.
  • Recherche de sens :
    • La sensation-émotion : Pourquoi ?
    • La signification : Pour Quoi ?
    • La direction (notion du futur) : Comment ?

Bibliographie :

  • « Je me souviens » de Boris Cylrulnik
  • Livre de Rosette Polleti et Barbara Dobs collection Jouvence
  • Livre de Stefan Vanistendael et Jacques Lecomte