Compte-rendu de la soirée d’échange du 26 avril 2013 présentée par Laetitia SCHUL et Bernard RIMÉ :

« Le deuil des hauts et des bas. »

Laetitia Schul est psychologe, Bernard Rimé est Professeur Émérite spécialisé dans le partage social des émotions à l’UCL louvain-La-Neuve .

Le chemin de deuil est souvent présenté comme une succession de différentes étapes à vivre. Cette théorie véhicule des croyances normatives qui disent ce qu’on doit ressentir à quel moment. Ces normes peuvent générer de la culpabilité si on ne rentre pas dans les catégories décrites.

Depuis quelques années une autre approche se développe qui met en avant la particularité de chaque deuil et propose l’existence de deux pôles entre lesquels l’endeuillé oscille constamment.

Le premier pôle est orienté vers la perte, le repli sur soi. Il est vécu dans les pleurs, la tristesse, la détresse. Personne ne peut nous y rejoindre. Les pensées y sont tournées vers le souvenir ; tout met en évidence ce qu’on a perdu. Ces moments de solitude sont nécessaires pour faire face à l’absence et l’apprivoiser petit à petit.

Le deuxième pôle est orienté vers le changement, les nouveaux engagements, les nouvelles activités qui apparaissent dans nos vies suite au deuil. Une vision de la vie différente va nous accompagner ; des projets vont refaire surface et nous mettre en mouvement.

La vie d’un endeuillé va être des « allers-retours » entre ces deux pôles. Le passage par le pôle de la perte existera toujours ; il se fera de moins en moins long et de plus en plus paisible.

Quand on en parle autour de soi. 

L’idée que parler de ses émotions a un effet libératoire est très répandue or elle est fausse. Les études faites montrent que parler ou pas de ses émotions n’influence pas l’état émotionnel de la personne.

Cependant se taire n’est pas conseillé après avoir vécu une émotion forte car cela entraîne des problèmes de rumination, des cauchemars. Le fait de partager ses émotions crée une union émotionnelle, cela renforce les liens du tissu social et de là permet de mieux résister à l’existence.

Quand une personne est touchée par un évènement grave elle provoque un malaise, un rejet dans l’entourage. Dans notre société de performance, la norme est de vivre à l’écart du malheur ; on est intégré si tout va bien. La fragilité de la vie est niée. La personne en souffrance est passée dans un autre monde et elle va représenter pour les autres la vulnérabilité dont chacun essaie de se protéger. La personne qui n’est pas en souffrance est dans la maladresse, les fausses croyances. Elle cherche à accuser ou à trouver des raisons à la souffrance de l’autre ou encore à l’entraîner dans un optimisme forcé. Ce déni est une horreur pour la personne en souffrance qui a besoin de reconnaissance.

Dès lors sans écoute de son entourage, il est impossible pour elle de mettre son expérience en mots et donc de la structurer. Cela crée une solitude énorme, une coupure en soi et avec les autres. La personne en souffrance se tourne alors vers d’autres personnes ressources : le personnel médical, les groupes de paroles.

La difficulté de dire l’indicible est un des freins au partage des émotions. L’impression que les mots ne peuvent traduire le vécu et risquent de l’altérer. La honte et la culpabilité qui envahissent parfois la personne en souffrance sont d’autres freins à la parole. Certains éléments non dits car trop douloureux peuvent empêcher d’être dans le tissu social et devenir des ruminations mentales. Le propre de l’être humain est sa capacité à mettre du sens. Devant un évènement rempli de non-sens, notre recherche de sens provoque la rumination de questions sans réponses qui prend beaucoup de place et handicape notre gestion du quotidien. Pour y remédier il est possible de se confronter à la réalité dans les détails, avec du soutien, ou encore de se concentrer sur une image qui fait du bien.

L’évènement grave provoque un effondrement des croyances, une complète révolution personnelle. Il s’agit de réorganiser sa vie, sa vision de soi-même, de retrouver un axe d’existence, un sens à la vie alors que tout a explosé.

L’émotion forte ne va pas nous quitter, elle va vivre avec nous. Parfois elle refait surface intensément, parfois elle nous laisse vivre.

Résumé proposé par Catherine, Maman de Simon