Compte-rendu de la soirée d’échange du 22 avril 2016 présentée par Marie-Camille CARTON :

« Notre enfant est hors de notre vue. »

Le 22 avril dernier, Marie-Camille Carton, animatrice des groupes Vivre sans l’autre et psychopédagogue, venait dialoguer avec nous au cours de la soirée d’échange organisée à Céroux-Mousty par Parents désenfantés. C’est un sujet très sensible, pour chacun d’entre nous, qui nous réunissait :

« Notre enfant est hors de notre vue. »

Et pourtant nous sommes en lien avec lui (de façon différente suivant ce que nous sommes et les périodes de notre vie). A-t-il une autre présence en nous ?

Comment faisons-nous pour que sa présence continue à faire partie de notre vie de façon vivante ?

Bien que n’ayant pas perdu d’enfant, Marie-Camille Carton témoigne, avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse de la manière dont la mort s’est inscrite dans sa vie. La mort d’un jeune frère, alors qu’elle était enfant, et la perte de sa sœur, à l’âge adulte, ont été des événements qui ont habité sa vie et ont agi sur ses choix professionnels.

Marie-Camille Carton nous explique que, pour elle, il y a trois dimensions à l’être humain : corps, psyché et cœur profond. C’est au sein du cœur profond, dans la partie intime de l’être, que se situe le lieu des liens avec ceux qui sont morts et que nous aimons.

L’être humain est composé de ces 3 dimensions, reliées les unes aux autres. Chacune d’elles doit garder sa juste place par rapport aux 2 autres et toutes 3 ont à se déployer selon des règles propres à chacune. Finalement, par un lent travail d’unification, l’être humain trouve son équilibre entre:

  1. La part corporelle, le corps, l’enveloppe de l’être.
  2. La part psychique, psyché, lieu de l’intelligence, la volonté, la mémoire et l’affectivité (émotions et sentiments).
  1. La part spirituelle, le cœur profond, au centre de l’être.

C’est un lieu inviolable. Il constitue notre identité fondamentale. Chaque femme, chaque homme est donc appelé à veiller à laisser ces 3 composantes en juste équilibre les unes par rapport aux autres. Ainsi est-il possible de “traverser” les tempêtes de la vie avec une humanité aux fondations bien solides.

A travers l’histoire imagée de la Famille Bleu, Marie-Camille Carton nous parle ensuite des liens qui se vivent au sein d’une famille lorsqu’un enfant naît. Pendant sa vie sur terre, des liens se tissent et ensuite, quand il meurt et qu’on ne le voit plus, que deviennent-ils ? Elle évoque la place des amis de l’enfant que nous connaissons ou avec qui nous ferons connaissance. Les enfants de l’entourage, surtout eux car cela s’inscrit en eux alors qu’ils grandissent, n’oublient jamais les parents et les frères et sœurs de l’enfant décédé.

Marie-Camille Carton partage avec nous quelques chemins de liens découverts au cours de ses rencontres d’accompagnement de personnes endeuillées. Ces liens se situent dans la partie la plus profonde de nous-même, le lieu de notre intimité avec ce que nous appelons différemment (la lumière, Dieu, le Tout, …) selon notre philosophie de vie, que nous appartenions ou non à une religion. Il s’agit de la part spirituelle de notre être, lieu du lien avec ceux que l’on aimait et qui sont morts.

Cette part spirituelle de notre être, notre intimité, personne n’a le droit d’y entrer sans notre autorisation. Cependant, son travail d’accompagnement lui enseigne que de mettre des mots sur ces expériences si intimes, si on le fait en toute liberté, permet de donner réalité à ce qui nous semble parfois comme un rêve éveillé.

A travers le récit d’un rêve où elle dialogue avec son père, Marie-Camille Carton nous montre que parfois certaines personnes cherchent à savoir ce que celui qui

est mort peut continuer à nous dire. Parfois nous sollicitons d’autres personnes pour nous le dire. Elle comprend cette façon de faire et parfois elle aide mais il y a un risque de n’en avoir jamais assez et cela peut amener à développer une addiction car cela vient de l’extérieur. Surtout, elle pense que cette démarche n’a pas la profondeur de celle qui est la nôtre si on attend qu’elle fasse son œuvre. Faire parler un autre peut ralentir ce que celui que l’on aime et que l’on ne voit plus veut nous dire réellement au plus profond de nous-même, dans des pensées, des rêves, des expériences dues au hasard si l’on est attentif.

Mais que peut-on mettre en place pour rendre possible cette relation avec celui qui n’est plus sur notre terre mais dans notre cœur?

Marie-Camille Carton souhaite nous sensibiliser à un aspect souvent oublié qui est l’utilisation de ses sens (les 5 sens) pour nous préparer à vivre ce lien INTÉRIEUR avec l’enfant que nous aimons et qui est devenu:

  • invisible à nos yeux,
  • silencieux à nos oreilles,
  • l’enfant que nous ne sentons plus et
  • que nous ne pouvons plus toucher
  • ni goûter.

Comment mettre en œuvre nos sens intérieurs, notre sensibilité ? Cela nous appartient à chacun en propre, c’est une recherche propre à chacun.

Après cette conférence toute en délicatesse et profondeur, la soirée s’est achevée aux travers de nombreux échanges et témoignages dans une atmosphère particulièrement respectueuse du vécu du deuil de chacun. Merci aux organisateurs et à Marie-Camille Carton.

Résumé proposé par Bernadette, Maman de Jeroen