Compte-rendu de la soirée d’échange du 12 mai 2017 présentée par Marina BLANCHART :

« Après la mort de notre enfant, quelles sont nos relations avec nos proches, nos amis et notre cadre professionnel ? »

Le 12 mai dernier, Marina Blanchart, psychologue et formatrice, venait dialoguer avec nous au cours de la soirée d’échange organisée par Parents Désenfantés.
C’est un sujet qui touche chacun d’entre nous, qui nous réunissait :

Après la mort de notre enfant, quelles sont nos relations avec nos proches, nos amis et notre cadre professionnel ?

C’est avec beaucoup de sensibilité que Marina Blanchart nous a conviés à partager ses réflexions, nées de sa pratique de thérapeute avec des parents ayant perdu un enfant.
La relation qui nous unit aux autres est une suite d’interactions et donc un phénomène qui met en contact deux pôles. Nous sommes un de ces pôles et c’est sur lui que nous pouvons agir.
Nous pouvons “par notre manière d’agir” influencer la qualité de la relation avec nos proches.
Autant aider notre entourage à pouvoir nous aider, bien réagir, être adéquat.
Bien sûr il est dur, pénible de porter cette charge supplémentaire, alors que nous souffrons, mais nous sommes les seuls à savoir ce qui peut nous aider.
Dans notre entourage, il y a ceux qui parviennent à nous rejoindre, à trouver les mots justes parce qu’ils ont cette sensibilité (parfois suite à d’autres épreuves ou parce qu’ils ont perdu, eux-aussi, un enfant) mais il y a aussi ceux qui sont déroutés et donc maladroits et qui soit n’en parlent pas de peur de mal faire ou mal dire soit tout en voulant être soutenants « en remettent des couches ». Il y a aussi ceux qui sont mal à l’aise, pas naturels ou encore ceux qui sont curieux et malvenus. Lorsque l’attitude de certains nous fait souffrir, il convient de le dire ou parfois de choisir de ne plus côtoyer ces personnes.
Une réaction fréquente est celle de ceux qui laissent entendre « je t’aime, donc je ne veux pas que tu souffres ». Cette « injonction » de l’entourage installe une lutte en soi et amène à encore plus de souffrance. Car « faire semblant » que cela va bien pour protéger l’entourage est une peine, un effort supplémentaire.
Il est important dans ce cas aussi de dire la nécessité pour nous de laisser libre cours à ce que nous ressentons.
Les autres ne savent pas ce que nous vivons, ce qui nous blesse, ce qui adoucit notre quotidien…

Donc, il faut prendre le temps, pour soi-même, de clarifier ses besoins. Ensuite, nous allons pouvoir le faire savoir à notre entourage. En fonction du moment, des personnes, nous pourrons dire, écrire, communiquer sur nos besoins.
Marina Blanchart nous relate la situation d’une maman qui a perdu sa petite fille et qui, dans un premier temps, s’est sentie entourée… mais le temps passe et les personnes ne se soucient plus d’elle, elle se sent seule, isolée.
S’il s’agit d’une relation à laquelle on tient, il faut nourrir cette relation … et parfois pardonner les maladresses ou les manquements.
Pour nous, Parents Désenfantés, la mort de notre enfant est une blessure qui reste là.
Entre nous et les autres personnes, il y a un décalage. Nous ne voyons pas la même chose, pour nous tout a changé dans notre vie.
Fréquemment, l’entourage voudrait que nous allions mieux, que nous soyons « comme avant ». Il est essentiel pour se respecter et anticiper les moments particulièrement difficiles (les soirées, fêtes etc.) de connaître les limites de ce qui nous est supportable et d’en tenir compte.
Les problèmes des autres peuvent parfois nous sembler futiles « comment osent-ils se plaindre devant moi ? » Cela peut amener à ce que l’entourage n’ose plus se confier. Il est utile de prendre conscience aussi de cela. Notre sensibilité a été nourrie de ce que nous avons vécu et quand cela nous est possible nous pouvons entendre l’autre dans sa peine.

« La souffrance est aussi une force quand elle se transforme en compassion ».

A l’intérieur de la famille, il faut avoir à l’esprit que ce qui m’aide, n’aide pas forcément l’autre.
Accepter que chacun gère sa douleur à sa manière. Faire confiance au conjoint, aux frères et sœurs sur leur manière (différente) de traverser l’épreuve. Comment mon fils peut-il faire la fête ? Comment mon époux(se) peut-il (elle) avoir envie de retourner travailler …

En conclusion, Marina Blanchart souligne qu’il n’y a pas d’absolu, de recette, mais qu’il faut veiller à donner aux personnes auxquelles on tient des clés de compréhension sur nos besoins. Parfois aussi choisir de maintenir ou de rompre une relation selon qu’elle nous fait du bien ou du tort.
Après cette conférence toute en délicatesse, la soirée s’est poursuivie aux travers de nombreux échanges et témoignages dans une atmosphère particulièrement respectueuse du vécu du deuil de chacun. Merci aux organisateurs et à Marina Blanchart.

Bernadette, Maman de Jeroen