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Parents désenfantés
Des parents parlent ...
                                                         Quelques graines de soleil

Il y a un peu plus de quatre ans, en plein hiver, notre fils Jean-David, arrivé 14 mois plus tôt de Colombie,
est mort tout à fait subitement d'une péricardite.

Et nous voilà à nouveau deux à la maison, sans les cris, ni les rires, ni les pleurs, sans ses premiers mots
balbutiants, sans son éveil à la vie.  Tristesse, incompréhension, révolte nous ont régulièrement habités.  
Comment, dans ce trou noir, poursuivre notre projet de famille ? Nous devions, le lendemain de sa mort,
aller à la commune pour clôturer le dossier administratif de l'adoption d'un second enfant. Au début, j'ai
voulu tout plaquer, abandonner. Plus jamais d'enfant. Panique, rejet ... Cela va arriver aux autres.

Mais, quelque part sur la cheminée du salon, près des photos de Jean-David, un symbole important avait
pris place dans notre maison et dans notre vie. Le soir même de la mort de notre fiston, sa marraine est
venue nous embrasser en nous apportant des graines de tournesol, quelques graines de soleil.

Au cœur de l'hiver, au cœur de notre tristesse, là avec nous, nous avions ces graines toutes grises, sèches,
apparemment sans vie. Il était un peu tôt pour les planter et dans notre cœur aussi, il était un peu tôt pour
bondir à nouveau dans la vie.

Et, l'hiver s'est passé au rythme des larmes et des questions, mais aussi du soutien des amis et de nos
familles.  Et, finalement nous avons comme '"opté" pour la vie.  Nous avons poursuivi les démarches
d'adoption et c'est à l'aube du printemps, fin mars,  qu'on a planté ces graines de tournesol. De petites
tiges frêles ont pointé leur nez.  Grâce au soleil et à l'eau, elles ont poussé et tenu bon.  Dans notre vie
aussi, des espoirs, des bourgeons ont jailli, parfois encore bien timides et fragiles, prêts à retomber très
vite s'ils manquaient de notre eau, de notre confiance, de notre force si facilement ébranlée.

Le printemps a fait son chemin dans nos cœurs, il nous a réchauffés, il nous a redonné des projets.  Les
tournesols ont commencé à germer, grandir et pousser.  Ils sont devenus le symbole tout particulier de
notre second fils François, que nous sommes allés chercher au mois d'août au Brésil et qui, à son retour, a
vu jaillir le grand soleil au jardin.

Ce cycle de mort et de vie qui se vit dans la nature, ce tournesol qui chaque année redonne de multiples
graines qui commencent par mourir pour ensuite regermer, c'est un peu notre vie à tous.  C'était notre
histoire il y a quatre ans, c'est notre histoire à tous aujourd'hui.  Quel est notre printemps aujourd'hui? Y a-
t-il un printemps pour nous après l'hiver, après la tourmente, après la douleur?  Y a-t-il de petits germes
timides?  Les sentons-nous solides ou très frêles? Pouvons-nous revivre l'un ou l'autre petit projet qui
nous mène au soleil encore embrumé et pas très chaud du printemps naissant.
                                                                            Bénédicte
    
                                                                        
Suite Philippe...