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Parents désenfantés
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                                                                                                                                              Wavre, le 10 février 2007

                                              
 Antoine pour la vie

Je m’appelle Jean, j’ai 38 ans et je suis le papa d’Antoine qui est décédé le 8 février 2003 à l’âge de 2
ans et 10 mois, victime d’un infanticide. A l’occasion du quatrième anniversaire de son douloureux
départ, j’ai tenu à partager avec vous aujourd’hui mon parcours de papa orphelin de son petit garçon.

L’arrivée d’Antoine, le 6 avril 2000, fut le plus beau jour de ma vie : « J’étais Papa ! ». Je découvrais
enfin ce petit garçon que j’aimais déjà depuis 9 mois et à qui j’ouvrais mon cœur. Ses premiers cris
résonnent encore en moi. Il est mon fils et j’étais déjà fier de lui. Nous aimions énormément Antoine. Son
regard coquin plein d’affection et de tendresse nous le rendait bien. Estela, la maman d’Antoine, voulait
la perfection pour lui, les meilleurs repas, de beaux vêtements, une bonne éducation. Mais cette
recherche continuelle de la perfection, au fil du temps, l’épuisa. Antoine évoluait positivement et était un
petit garçon émerveillé par la vie.

Le samedi 8 février 2003 fut le tournant de ma vie. J’étais parti travailler à 5h du matin. Plus tard, lorsqu’
Antoine se réveilla, comme à l’accoutumée, il vint jouer sur notre lit. Sa maman pleurait au désespoir et
Antoine lui dit : « Faut pas pleurer, Maman. Faut sourire ! ». Ce furent ses dernières paroles. Elle se
coucha sur lui. Antoine ne put plus respirer et rejoignit l’autre rive. Elle tenta de l’y rejoindre, mais n’y
parvint pas.

A mon retour à la maison, je découvris Estela hagarde, couchée aux côtés d’Antoine inerte. Je ne
pouvais réaliser l’impensable. La sensation de froideur de la main d’Antoine dans la mienne reste
indélébile dans ma mémoire. J’étais anesthésié lorsque j’ai formé le « 100 » sur le téléphone.
Commença alors le ballet des ambulances, des policiers, des inspecteurs de la PJ et des représentants
du Parquet de Bruxelles. Je vivais un cauchemar. Estela fut conduite à l’hôpital où elle put être soignée
et fut ensuite incarcérée à la prison de Forest. Au début, je m’imaginais avoir été un mauvais père. Je
me tenais pour responsable de ne pas avoir pu protéger mon enfant. De nombreuses questions me
taraudaient. Comment avais-je pu être aveugle face au désespoir de la maman d’Antoine ?

Même si je regretterai toute ma vie la disparition brutale d’Antoine, j’ai maintenant compris que c’est lui
qui m’a permis de reconstruire ma vie autrement, avec son souvenir dans mon cœur. Dès le début, j’ai
décidé de me battre pour la vie, plutôt que de me laisser tenter par la mort alors si proche de moi. Tout
en considérant ma douleur, j’ai refusé de jouer le rôle de la victime en cherchant en moi une énergie de
vie. J’ai décidé de venir en aide à Estela, je ressentais en moi le besoin de lui tendre la main. Nos
rencontres lors des visites en prison m’aidèrent à comprendre son désarroi et le cheminement
psychologique qui nous mena au drame. Je réalisais que l’acte posé était altruiste. Du fond de son
désespoir, elle ne pouvait voir le moindre coin de ciel bleu et voulut épargner des souffrances à Antoine.
Car elle pensait que « vivre sans Maman, c’est très dur ». Elle n’avait pas compris que Papa était là. Au
bout de quelques semaines, je pus lui accorder mon pardon, l’acte le plus important de ma vie. Il me
permet, aujourd’hui, de vivre le cœur en paix et sans haine.


La présence et l’accompagnement sans faille de ma famille en or et de mes formidables amis  m’aidèrent
à réaliser que je n’étais pas seul tout au long de ce parcours de souffrances. Sans eux, je ne serais pas
devenu l’homme différent que je suis aujourd’hui. J’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes
aux bons moments. L’équipe de « Parents désenfantés » me permit de pouvoir m’exprimer sans
jugement. Jamais je ne me suis senti abandonné par mon entourage.

Les trois années passées avec Antoine furent trois années formidables. Sa vie ne dura que le temps d’
un éclair, mais quelle intensité et quels souvenirs fabuleux gravés dans ma mémoire. Mon cœur est
blessé, mais je crois en la Vie. Je veux donner une raison d’être à l’épreuve de ma vie. Tel est le sens
de mon engagement auprès de « Parents désenfantés ».

Antoine, mon petit bonhomme, tu m’as donné tout ton amour. Ce cadeau d’une valeur inestimable est à
tout jamais ancré dans mon coeur. Tu me manques énormément et je t’aimerai toute ma vie. Je te
promets que ton départ ne deviendra jamais vain.

Jean, le papa d’Antoine.