Résumé SOIREE D’ECHANGE

Le 27 avril dernier, Jean-Michel Longneaux, professeur de philosophie à l’Université de Namur, venait dialoguer avec nous au cours de la soirée d’échange organisée par Parents Désenfantés.

Le deuil sous différents aspects…
C’est une approche philosophique du deuil qu’il souhaitait partager avec nous. La philosophie permet de mettre des mots sur les expériences de la vie dont le deuil. Or les mots sont essentiels car ils et non se centrer sur l’enfant nous permettent de penser, dire et partager ce que l’on vit.

Mais sur quoi porte un deuil? Jean-Michel Longneaux pense qu’il faut parler de soi et non se centrer sur l’enfant car c’est nous qui éprouvons de la souffrance… notre enfant n’est plus là.

Lorsque l’on perd son conjoint, l’on est veuf; lorsque l’on arrête de travailler l’on devient retraité; quand on perd son enfant il n’y a pas de mot… et pourtant ce que nous avons été nous ne pouvons plus l’être. Nous ne sommes plus les mêmes. Il y a donc aussi à faire le deuil de la personne que nous étions.

La mort de notre enfant modifie également notre façon d’être en relation avec les autres. Entre moi et les autres, il y a toujours l’enfant décédé.

Un autre deuil porte sur notre rapport à l’avenir. La mort de notre enfant nous amène à devoir renoncer à ce que nous avions imaginé pour demain. Notre rapport à l’avenir s’en trouve modifié.

Jean-Michel Longneaux nous explique que le deuil est un travail psychologique et social par lequel un individu meurt à ce qu’il n’est plus pour renaître à ce qu’il est devenu.

Le but du deuil est de trouver comment être encore heureux maintenant dans ce nouvel état.

Le mot “Travail” montre qu’il y a des choses à faire, “psychologique” car on le fait en tant qu’individu, personne ne peut le faire à notre place, et “social” car on doit passer par les autres pour faire son deuil.

Pour cela, il faut du temps ! Dans un premier temps, c’est le refus qui domine ensuite l’acceptation, non pas de la mort de son enfant mais de ce qu’on est devenu. Les temporalités au sein de la famille peuvent être différentes ; ce qui peut parfois être source de tension.

Jean-Michel Longneaux nous propose une pensée de Sénèque :
« Quel est donc, Marcia, cet oubli de votre sort et du sort de l’humanité ? Née mortelle, vous avez donné le jour à des mortels (lettre de consolation à Marcia) ». 

Accepter de ne plus être le parent de cet enfant, nous dit Jean-Michel Longneaux, lors de l’échange qui a suivi, nous restons les parents de cet enfant qui vit à présent en nous.

Mais pourquoi est-il si difficile de lâcher une identité perdue ?

Le deuil nous fait découvrir que nous sommes, comme tout être humain, limités, loin de la toute puissance qui voudrait que nous puissions sauver notre enfant. Le deuil révèle nos limites.

En outre dans la relation avec son enfant il y a un aspect fusionnel (« mon enfant me fait une grippe ») La mort de notre enfant touche aussi notre désir de fusion et nous montre que l’on ne fusionne avec personne. Nous sommes des êtres de relations mais à l’intérieur de la relation je suis seul.

Nous sommes fondamentalement une solitude.

Tous les avenirs que nous construisions s’écroulent. La mort d’un enfant est injuste, n’est pas dans l’ordre des générations. Mais la vie réelle est incertitude, fragilité.

La mort des enfants nous apprend que rien ne nous est dû que la vie est incertitude.

Croire qu’on peut faire son deuil jusqu’au bout est un danger de toute puissance mais par contre, on chemine et on ne doit pas arrêter de cheminer pour retrouver du bonheur.

Après cette conférence, la soirée s’est poursuivie aux travers de nombreux échanges, réactions et témoignages dans une atmosphère respectueuse du vécu du deuil de chacun. Merci aux organisateurs et à Jean-Michel Longneaux.

Bernadette, Maman de Jeroen.