A France...

Je m'appelle Danièle. Je suis la maman de France, décédée brutalement le 24 décembre 1998, suite à une méningite foudroyante.
Elle avait 14 ans et respirait la joie de vivre. Elle était ma fille unique.

Elle avait une personnalité très forte et ne laissait personne indifférent.
Je me souviens d'un mot écrit par un de ses professeurs :
«....mais que de complicités quand elle vous avait adopté !»

France vivait à du 100 à l'heure comme si quelque chose la poussait à faire vite. Je lui disais : «France, tu n'as que 14 ans. Tu as toute la vie devant toi !»

Elle avait une fibre sociale particulièrement développée : toujours tournée vers les autres.

Elle est partie au moment où «copains, copines» prenait beaucoup de place. Elle se détachait de moi... que je le veuille ou non. Elle avait un besoin de liberté hors du commun. Je dois reconnaître qu'à certains moments, j'étais déstabilisée. Pour moi, elle était toujours ma petite fille...elle n'avait que 14 ans.

Pour son âge, elle avait une grande maturité et nous a laissé des messages très forts :
  • Ose le meilleur de ta vie car personne ne la vivra pour toi.
  • Ne te fie pas aux apparences, seul le coeur compte.
  • L'Amour, c'est la Vie.
Sa disparition nous laissait anéantis. L'horreur était à son paroxysme.

Comment pouvoir vivre sans elle ? Ne plus la voir ! L'entendre rire ! Etre privée de son sourire !
Ma vie n'avait plus aucun sens.

Tout à coup, plus rien n'est comme avant. Vous pensez vivre un cauchemar et vous réalisez que c'est la réalité.

Dans un premier temps, la lecture a été, sans aucun doute, ma bouée de sauvetage.
J'ai dévoré des livres et des livres parlant de l'Au-delà.

J'avais besoin de trouver des réponses aux questions que je me posais. C'était, pour moi, une façon de la rejoindre.
Encore aujourd'hui, il m'arrive de relire un de ces livres. Je le lis différemment.

Très vite après le départ de France, j'ai connu l'Association. C'était vital pour moi de rencontrer d'autres parents, de voir comment on pouvait survivre et continuer. Nous y sommes restés quelques années, mon mari et moi.

Chaque rencontre nous permettait de parler de France et de partager notre souffrance avec d'autres parents.
L'Association m'a permis, aussi, de tisser des liens.
Depuis 8 ans, nous cheminons avec des parents ayant perdu, eux aussi, leur fils unique : David.
Chaque dimanche, nous nous retrouvions et cela nous faisait du bien. Nous étions sur la même longueur d'ondes. Aujourd'hui, encore, nous partageons beaucoup de choses ensemble.
Nos enfants sont, c'est notre conviction, à l'origine de notre rencontre et de cette amitié sincère et très forte.
Merci à eux.

Ce partage nous a permis, sans aucun doute, d'avancer et d'adoucir notre souffrance et de reprendre, peu à peu goût à la vie.

C'est pourquoi, aujourd'hui, je m'investis dans l'équipe pour accompagner d'autres parents traversant la même épreuve.

Je fais aussi du bénévolat en clinique. Me tourner vers les autres et me sentir utile est très important pour moi.

Nous avons, mon mari et moi, toujours beaucoup parlé de France. Elle est encore présente dans tout ce que nous vivons et partageons au quotidien.

Quant à moi, après 9 ans, je ne suis plus la même : j'essaie, mais ce n'est pas facile, de ne plus me laisser envahir par les mesquineries, la méchanceté et tout ce qui peut me blesser.
J'ai, aussi, une plus grande confiance en moi : j'ose m'affirmer, dire ce que je pense et déranger s'il le faut.
Je m'écoute plus et je me mets mes propres limites.
En quelques mots, j'essaie de me respecter tout en respectant l'autre.

C'est aussi dans la prière que je trouve force et consolation.
Aujourd'hui, je suis convaincue que France vit ailleurs dans une autre dimension, qu'elle poursuit sa route et qu'elle m'accompagne sur ce chemin difficile.
Je veux qu'elle soit fière de sa maman. C'est ce qui a toujours fait ma force et donne sens à ma vie.

Elle est et restera le moteur qui me fait avancer.

La cicatrice n'est plus aussi vive. J'ai appris à vivre «avec» mais le manque physique est toujours là.

Chaque jour, je lui demande de vivre un peu mieux son message d'amour.

Je la remercie de m'avoir permis de devenir la maman que je suis aujourd'hui et je garde l'espoir de la revoir un jour.

Merci pour votre écoute attentive.

Danièle